FOCUS SUR LES COLLECTIONS
Ferdinand Hodler (1853-1918), Étude pour l’autoportrait dit « de Néris » (détail), 1915, plume et encre brune sur calque contrecollé sur papier, 399 × 385 mm
Musée Jenisch Vevey, donation Rudolf Schindler © Musée Jenisch Vevey. Photo Claude Bornand, Lausanne


FOCUS SUR LES COLLECTIONS

Hodler, peintre de l'expression

Du 14 mars au 1er octobre 2017

Légende
L’expression – des émotions, de l’individualité d’un modèle ou de la beauté de la nature – est au cœur de l’art de Hodler. Qu’il s’agisse d’un portrait, d’un tableau symbolique ou d’un paysage, il y a toujours cette même quête, qui consiste à « exprimer l’élément éternel » (Hodler, La Mission de l’artiste). Autrement dit, le peintre s’attache à saisir l’essentiel en toutes choses, à le mettre en valeur et à le traduire visuellement.

Quand il est question de la figure humaine, c’est l’émotion et l’intimité du modèle qui sont à la source de l’inspiration du peintre et au fondement de sa création. Hodler insiste sur l’importance de la ressemblance « entière et saisissante » avec le modèle, afin de rappeler le souvenir de la personne représentée. Dans ses portraits masculins notamment, il privilégie souvent une pose strictement frontale, apte à susciter une vive impression sur le spectateur, directement confronté à la présence d’un visage fortement individualisé au regard pénétrant. Le trait fugitif – l’aspect très graphique de l’art de Hodler reste sensible dans sa peinture – se met au service de l’expression d’une durée : la personnalité du modèle, dont il cherche à peindre l’âme.

Et le corps l’intéresse, là encore, « lorsqu’il est mu par des émotions », c’est-à-dire comme médium d’expression. Les mouvements physiques transcrivent des états d’âme, des humeurs, des sentiments. C’est pourquoi, « chaque sensation a son geste », pour reprendre les propos de Hodler retranscrits par son premier biographe Carl Albert Loosli. Les gestes ne sont pas seulement hérités de codes anciens réinterprétés, ils sont aussi inventés, le peintre créant un répertoire de motifs nouveaux pour exprimer des émotions universelles et intelligibles à tous. Le langage corporel est envisagé comme un miroir des sensations. Le geste a la valeur d’un symbole exprimant des expériences communes.

Ainsi, dans Femme joyeuse, le peintre transcrit, avec cette silhouette dansante aux bras déployés, l’allégresse ressentie par une femme qui traverse un pré fleuri, et la vénération de la nature. Les autres portraits et figures ici réunis montrent également des visages et des corps animés de l’intérieur, traversés par l’expérience de la vie, qu’il s’agisse de Berthe, l’épouse du peintre, de Valentine, son amante trop tôt disparue, ou de certains de ses proches.

Dessins et peintures sont mis en regard, car les premiers, pour Hodler, sont avant tout conçus comme des étapes dans le processus d’élaboration de ses compositions picturales. Presque toutes les feuilles de l’artiste – dont le Musée Jenisch possède plus de 800 exemples – sont des études préparatoires pour des tableaux. Le dessin s’offre ainsi comme un terrain d’expérimentation qui permet l’éclosion de l’idée.