FOCUS SUR LES COLLECTIONS
Gilles Furtwängler (*1982), Bande de petits curieux 2 (détail), 2015, Plotter, 841 x 594 mm
Musée Jenisch Vevey – Cabinet cantonal des estampes, Collection de l’État de Vaud
© Gilles Furtwängler / Photo Julien Gremaud


FOCUS SUR LES COLLECTIONS

Say it with Words

Du 9 juin au 1er octobre 2017

Légende
Cet accrochage des collections laisse la part belle aux mots écrits ou énoncés par les artistes en partant des définitions dadaïstes énoncées par Raoul Hausmann dans son dernier ouvrage : Sensorialité excentrique. Au-delà d’une captation d’idées, les œuvres présentées ici sont autant d’exemples ou de possibilités de donner forme au verbe, et d’envisager ainsi le mot, la phrase, le poème comme texte mais aussi comme image. De la période futuriste (Italie et Russie) et dadaïste du début du XXème siècle à aujourd’hui, les artistes n’ont eu de cesse de revenir au langage comme expression à la fois formelle et engagée.

La fin des années 1960 en Europe (France et Italie), aux Etats-Unis mais aussi en Amérique du Sud (surtout au Brésil) marque un retour au langage à travers de nouveaux mouvements comme le Lettrisme, la poésie concrète et la poésie sonore, le tout inscrit dans l’héritage de Mallarmé et d’Apollinaire. On parle alors, comme au début de siècle, de libérer le langage (Guy de Cointet). Avec les possibilités technologiques d’enregistrements et de reproductions, les mots des artistes prennent un nouvel essor et représentent une possibilité d’expérimentation qui perdure jusqu’aux années 1980. Cela passe par l’oralité avec la radio (Henri Chopin) ou la performance, mais aussi et toujours par œuvres uniquement écrites (Lawrence Weiner, Maurizio Nannucci). On y retrouve les questions de rythme, de répartition du texte fragmenté sur une page, de calligrammes mais aussi d’espaces vides et de silences (James Lee Byars). Proche du vocabulaire musical, ces partitions textuelles existent pour être lues dans l’intimité ou déclamées.

Les mots flottant d’Alain Huck ou les affiches et poèmes énoncés de Gilles Furtwängler reprennent cette notion de captation de mots et phrases quotidiennes comme autant de nouvelles possibilités de saisir le présent par son langage. Cet éclairage est l’occasion de se poser la question de l’intérêt du texte comme matériau, comme matière vivante. Si la forme de l’écrit comme œuvre est de plus en plus présente ces dernières années dans les préoccupations des artistes, il y a très probablement une raison à cela.