FOCUS / Wallpaper Liberation: les carnets de Jean-Luc Manz
Jean-Luc Manz, Cahier 5, 1999-2001 (détail)
Crayon de graphite et collage (coupure de journal et photographie) sur page quadrillée, 29.5 x 21cm
Musée Jenisch Vevey © Jean-Luc Manz


du 14 avril au 4 octobre 2015

Légende
Pour fêter la sortie de Jean-Luc Manz. Notebooks (1989-2014) le musée consacre deux salles au travail de l'artiste. L'exposition focus Wallpaper Liberation propose un dialogue entre les carnets et une sélection d’oeuvres de l’artiste issue des collections.

L’univers de Jean-Luc Manz s’inscrit dans une tradition d’abstraction géométrique suisse mais aussi romande. Par la récurrence des formes, des motifs et des couleurs, il met en place sa gamme avec laquelle il compose toujours avec simplicité, ou plutôt modestie. Une manière d’aller à l’essentiel.

Tout commence par une page de carnet quadrillée ou une trame dessinée qui se décline dans l’oeuvre en damiers réguliers, lignes ou murs de briques [1]. Sur ce support, qui devient parfois l’objet principal de l’image peinte, dessinée ou imprimée, peuvent venir se superposer d’autres formes qui effacent la grille. A ce vocabulaire géométrique, déployé par exemple dans la série Bang Bang "tu me tuais et je tombais", 2007 [2], vient s’ajouter une composante chromatique. Finalement, l’image collectionnée dans les carnets, que l’artiste alimente depuis 1989 [3], disparaît dans l’oeuvre. Il ne reste alors à la surface que la trame ou certains des éléments extraits de l’image d’origine.

Le travail de Jean-Luc Manz (*1952) oscille entre décodage et recodage. Les 14 carnets sont constitués d’images découpées dans la presse, comme dans le magazine américain Wallpaper ou dans Libération, mais aussi de papiers d’emballages, tickets de transports, de voyages ou d’entrées d’exposition ainsi que d’esquisses et recherches de gammes de couleurs. Chaque fragment de page est un écho à un intérêt personnel, lié à un souvenir ou à une référence à l’histoire de l’art allant de Kasimir Malevitch à John Cage, en passant par l’abstraction américaine ou Andy Warhol. La récurrence des motifs et des gammes de couleurs souligne la rigueur du travail de l’artiste, prolongée dans un geste souvent répétitif, comme dans la série Suite Africaine, 1997 [4] (inspirée par les motifs des dessins sur les maisons égyptiennes) ou les différentes variantes de Bari’s Painting [5] (reprenant un motif vu du ciel de la campagne à côté de Bari en Italie), dont on retrouve les dessins préparatoires dans les carnets.

L’exposition met en lumière le caractère ludique du travail de l’artiste, qui transparaît dans sa méthode de recherche (Lulu à la plage, 1992 [6]) ou dans l’oeuvre finie (motif du damier). Quant au mur de briques, il a l’ambiguïté du double, représentant à la fois une construction et une séparation.
 
Jean-Luc Manz. Notebooks (1989-2014), ouvrage de plus de 1’000 pages reproduisant, in extenso, les 14 carnets de recherche de Jean-Luc Manz réalisés entre 1989 et 2014. Les cahiers de dessins de Jean-Luc Manz ont été achetés par le Musée Jenisch Vevey en 2013 et viennent s’ajouter aux 34 oeuvres de l’artiste déjà conservées dans les collections. Le Musée Jenisch Vevey suit depuis ses débuts le travail de Jean-Luc Manz dans le domaine de l’estampe et du dessin. A Vevey, le Cabinet cantonal des estampes a organisé en 1999 une rétrospective de son travail imprimé, en collaboration avec l’ETH de Zurich.

Retrouvez un entretien avec Jean-Luc Manz sur le site du musée dans
Art Conversations