Graver la lumière
Couverture du catalogue de l'exposition (détail)


D'Alfred Stieglitz à  nos jours: la reconquête d'un instrument perdu

du 20 septembre 2002 au 2 mars 2003

En 1983 déjà la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex avait consacré un important dossier au procédé de l’héliogravure. Exposition et catalogue faisaient l’historique de la photographie en taille-douce. La photographie, en effet, est née des réflexions et des expériences des graveurs autant que de celles des chimistes. Dès les premières découvertes de Niépce, en 1825 déjà, les tentatives pour imprimer une image obtenue à l’aide des seuls rayons solaires empruntent à l’art de l’estampe un certain nombre d’expédients et d’habitudes.

L’exposition qui s’ouvre aujourd’hui au Cabinet des estampes du Musée Jenisch constitue le second volet de l’étude d’un procédé qui permet d’imprimer sur papier les plus fines nuances de la gamme des valeurs et qui s’impose auprès des photographes comme la technique la plus résistante à la multiplication des épreuves et, surtout, comme l’une des plus satisfaisantes sur le plan matériel.

Après Charles Nègre en France, c’est l’Américain Alfred Stieglitz qui donna ses lettres de noblesse à ce procédé en l’utilisant pour reproduire, entre 1903 et 1917, plus de quatre cents hors-texte dans les livraisons de sa prestigieuse revue Camera Work. Il y invita les représentants de ce que l’on a appelé depuis le pictorialisme photographique et y accueillit des jeunes gens comme Edward Steichen et Paul Strand qui allaient bientôt transformer radicalement l’approche esthétique de cet art.

L’exposition est constituée d’une centaine parmi les trois cents pièces offertes à la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex par Jon Goodman, jeune photographe qui, à la fin des années 1970, a redécouvert les secrets d’un instrument qui semblait définitivement abandonné en raison de sa délicatesse et de son coût. Ayant trouvé auprès des artistes de l’atelier de Saint-Prex qui conduisaient alors des recherches parallèles une écoute amicale et une compétence en matière d’impression, il réalisa avec leur aide les premiers grands ouvrages historiques commandés par de prestigieux éditeurs américains. C’est en mémoire de ces années de recherches que Jon Goodman offre au public romand l’occasion d’admirer des planches gravées d’après des négatifs des pionniers de la photographie anglaise, comme Henry Fox Talbot, P. H. Emerson, F. Evans, D. O. Hill ou F. Fryth, ainsi que de nombreuses épreuves tirées d’après les classiques, comme A. Stieglitz, E. Steichen, P. Strand, et leurs émules W. Evans, E. Smith ou B. Abbott qui font renaître l’aventure de la photographie américaine de la première moitié du siècle dernier. Mais non seulement: Jon Goodman grave également à l’aide de ce procédé ses propres photographies et celles de nombreux artistes contemporains.