du 22 novembre 2002 au 9 février 2003

Cette exposition consacrée au peintre, sculpteur et écrivain Jean Hirtzel (1936-1999) propose un cheminement à travers l’œuvre, extrêmement dense, de l’artiste qui a vécu et créé pendant plus de vingt ans aux Bains de l’Alliaz sur Blonay. Son existence a été profondément marquée par de nombreux voyages lui permettant de côtoyer notamment les Tziganes des Balkans et les Américains d’Amazonie. Cette présentation met particulièrement en évidence les dix dernières années de création picturale de l’artiste.

«Fils d’un fondeur du Val de Travers, Jean Hirtzel a très jeune été fasciné par la vie aléatoire des sculpteurs qui venaient faire fondre leur bronze chez son père. Peut-être faut-il aussi expliquer son attirance pour les gens du voyage – les Tziganes, qu’il rencontra en Yougoslavie et en Grèce – et ses propres années d’errance au Brésil, à travers le Mato Grosso et l’Amazonie. Pour exprimer l’essence de l’être, pensait-il, l’artiste doit se frotter au monde (Goldmund, le héros vagant de Hermann Hesse a pour lui valeur d’exemple). Le rapport des tribus amérindiennes à l’objet d’art, lié au culte et donc investi d’une valeur avant tout religieuse, étrangère aux préoccupations esthétiques ou commerciales, et de ce fait indifférente aux défauts éventuels, a modifié la propre relation de Jean Hirtzel à l’œuvre d’art. En effet, cette conception d’un art imparfait, qui n’est pas entièrement maîtrisé, qui accepte l’accident comme un impondérable de la création, il la reprend à son compte dans l’aspect brut, inachevé de ses propres sculptures sur bois, à travers lesquelles il cherche à retrouver la dimension spirituelle de l’œuvre, le sens du sacré dans l’art.

Les liens étroits qu’il a noués avec ces peuplades animistes – il a assisté à leurs cérémonies rituelles – ont nourri son intérêt pour les civilisations anciennes (d’Egypte, de Sumer et de la Grèce cycladique) et pour les arts archaïques. Ils ont aussi profondément influé sur ses propres réalisations: ses sculptures totémiques et ses Emblèmes […] le situent dans les courant primitiviste, bien que le sentiment de l’impermanence des choses que lui a enseignée sa vie vagabonde le relie à la génération des artistes de l’éphémère.»

Texte d’Edith Carey, tiré du catalogue Libre regard sur la scène artistique veveysanne,
Vevey: Musée Jenisch, 1997.