Suzanne Auber
Suzanne Auber, Bonjour l'angoisse (détail), 2002, Encre de Chine et lavis sur papier, 455 x 625 mm, Musée Jenisch Vevey


Suzanne Auber

du 22 novembre au 9 février 2002

Le Musée Jenisch de Vevey consacre une importante exposition et un catalogue aux travaux récents (1999-2002) de l’artiste suisse Suzanne Auber, fer de lance de la neuve invention.

Evénement très attendu, puisque Suzanne Auber s’est, depuis trois ans, enfermée dans son atelier et sa création, refusant obstinément d’exposer (malgré d’incessantes sollicitations) et de laisser filtrer la moindre information sur sa production et les directions nouvelles de son art.

Voici que, en une folle sarabande, le petit peuple que l’artiste était, non sans peine, parvenue à garder prisonnier si longtemps se libère et crie ses joies, ses peines, ses souffrances. Et se venge de l’enfermement et des frustrations subies, clamant haut et fort ses chants colorés (Les bleus foudroyés, 2002; Catastrophe ultraviolette, 2002), rompant les chaînes de la bienséance artistique, donnant libre cours à sa pétulance. Précédée d’un cortège de guillupes indisciplinées (figure de la mythologie propre de l’artiste), souvent en accord avec la furie des éléments (avalanches de feu, cataractes, explosions chromatiques), Suzanne Auber conjugue le graffiti du verbe et le brouhaha du geste, la cacophonie et la «désécriture» (selon le mot forgé pour elle par Jean-Louis Fernier dans un texte de 1985). En remerciant aujourd’hui, dans un texte du catalogue, le théoricien du chaos Benoît Mandelbrot, elle dit bien comment son esthétique de la déchirure découle d’une fracture de l’être, résultat d’une enfance saccagée: «Ma peinture n’est pas abstraite, (loin de là…), elle est fractale».

On retrouve les titres savoureux: Pique-nique cérébral (2000), Pardonnez-nous nos enfances (2001), Raffaella ne sait pas dessiner (2002).

La manifestation est accompagnée d’un catalogue avec des textes de Suzanne Auber, Bernard Blatter, Françoise Jaunin, Marie Claude Morand, Catherine Othenin-Girard et Philippe Soupault.